lundi 16 avril 2018

jeudi 12 avril 2018

Aucun doute, Ajahn Lee


 Ajahn Lee Dhammadharo


Je vous demande de ne pas douter, de ne pas avoir de réticence, et de ne pas hésiter dans le choix d’une méthode de pratique. Il vous suffit de prendre la résolution sérieuse d’entrer en contact avec le souffle de votre respiration et de le suivre aussi loin qu’il peut vous mener. De là, vous pourrez accéder à l’étape de la connaissance résultant de la vision pénétrante (vipassanā ñāṇa), qui conduit à quelque chose de mental qui est l’esprit lui-même. Et en fin de compte, la connaissance pure — buddha — se révélera d’elle-même. C’est alors que vous atteindrez la vertu sûre et certaine. En d’autres termes, si vous laissez le souffle suivre sa propre nature, et l’esprit sa propre nature, les résultats de votre pratique seront, et il n’y a aucun doute à avoir à ce sujet, à la hauteur de tout ce que vous pouvez espérer.

L’esprit des êtres humains, s’il n’est pas corrigé, se laisse naturellement attirer par les préoccupations qui sont mauvaises et qui font souffrir. C’est pour cette raison que nous devons rechercher un principe — un dhamma — avec lequel nous pouvons nous entraîner, si nous espérons trouver un bonheur qui soit stable et sûr. Si notre cœur ne possède pas de principe intérieur, pas la concentration comme refuge, nous sommes alors comme une personne sans abri. Naturellement, les personnes sans abri ne rencontrent en permanence que des difficultés. Elles sont inévitablement souillées par le soleil, le vent, lapluie et la saleté, parce qu’elles n’ont aucun endroit pour s’abriter. Pratiquer la centration de l’esprit (samādhi), c’est construire une demeure pour vous-même.



Ajahn Lee, Conserver la respiration

mardi 10 avril 2018

Les attitudes sublimes, Thanissaro Bhikkhu



Nous commençons avec la bienveillance, non pas parce que c’est la qualité la moins élevée, mais parce que c’est la plus essentielle, la plus fondamentale. A partir d’elle, vous pouvez développer les autres : la compassion, l’appréciation ou la joie empathique, et finalement l’équanimité. Un esprit équilibré est un esprit qui sait quand il faut insister sur l’une de ces quatre qualités. Il ne s’agit pas d’abandonner la première pour passer à la deuxième ou à la quatrième. Vous devez essayer de conserver les quatre sous la main afin de pouvoir utiliser celle qui est pertinente dans la situation qui se présente à vous.

La bienveillance est à la base de tout. En fait, vous pouvez dire qu’elle est à la base de l’ensemble de la pratique. Si nous n’avions pas de bienveillance envers nous-mêmes et les gens autour de nous, les Quatre Nobles Vérités n’auraient aucun sens en tant qu’enseignement important. C’est parce que nous voulons voir la souffrance cesser, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les gens autour de nous, que nous voulons suivre la voie qui mène au terme de la souffrance. Nous avons envie de découvrir ce qu’est la souffrance, comment nous pouvons abandonner ses causes et aider à réaliser sa cessation.

Donc, tout commence avec la bienveillance. Pensez-y : pourquoi voudriez-vous que quelqu’un d’autre souffre ? Vous pouvez penser aux choses mauvaises ou cruelles qu’ils ont faites dans le passé, mais même dans ce cas, pourquoi voudriez-vous qu’ils souffrent ? Pour qu’ils en tirent une leçon ? Eh bien, ils vont apprendre la leçon parce que le principe du kamma va s’en charger – c’est la raison pour laquelle il y a l’enseignement sur l’équanimité – donc, vous n’avez pas besoin de vous prendre pour le glaive vengeur du Seigneur, pour vous
assurer que chacun reçoit la punition qu’il mérite.

Votre seul travail consiste à vous assurer que votre bienveillance ne comporte pas de limites. Quand des gens ont fait des choses horribles, vous n’êtes pas obligé d’approuver leur comportement. Ce n’est pas ce que signifie la bienveillance. La bienveillance signifie que vous ne souhaitez de mal à personne. Si quelqu’un fait des choses horribles, vous avez tout à fait le droit de l’arrêter si vous le pouvez. Après tout, en faisant des choses horribles, il crée du mauvais kamma, plus de souffrance pour lui-même. Assurez-vous simplement que vous ne lui faites pas de mal en essayant de l’arrêter.

Donc, essayez de rendre votre bienveillance illimitée, ou ainsi que le disent les textes, incommensurable. Prenez cela comme un défi. Quand vous répandez des pensées de bienveillance, essayez de voir où se trouvent vos limites. Ne faites pas seulement semblant de ressentir une bienveillance incommensurable. Au début, la bienveillance de chacun d’entre nous a des limites. Quelles sont les limites de la vôtre ? Après avoir répandu des pensées de bienveillance en direction des personnes pour lesquelles vous en éprouvez déjà – vos amis, votre famille –, commencez à en répandre en direction des personnes pour lesquelles vous n’en éprouvez pas spontanément. Votre cœur rechigne-t-il quand vous essayez de répandre la bienveillance en direction des gens que vous n’aimez pas ? Arrêtez-vous et demandez-lui pourquoi. Que gagneriez-vous à les voir souffrir ? Regardez cette petite voix à l’intérieur de vous qui est contrariée par leur bonheur. Est-ce une voix à laquelle vous voulez vous identifier ? Pouvez-vous abandonner cette attitude ?

C’est là où la pratique du développement de la bienveillance a vraiment un effet sur l’esprit : quand elle vous force à remettre en cause tout ce qui est petit ou étroit dans votre cœur. Si vous pensez à la bienveillance comme à un gros nuage rose de barbe à papa qui recouvre le monde dans toutes les directions, ce que vous faites alors en réalité, c’est masquer votre véritable attitude, ce qui est absolument inutile pour obtenir la vision pénétrante dans l’esprit. La bienveillance doit être comprise comme un défi, comme une manière de rechercher et d’assumer vos attitudes mesquines une à une, afin de pouvoir les examiner, les déraciner et les relâcher vraiment. C’est seulement quand vous travaillez sur des détails comme ceux-là que la bienveillance devient de plus en plus illimitée.

C’est alors que votre compassion peut également devenir illimitée. Si vous éprouvez de la bienveillance pour les autres, alors, quand ils souffrent des effets négatifs de leur mauvais kamma, vous ne pouvez pas vous empêcher d’éprouver de la compassion pour eux. Vous voulez que non seulement ils cessent d’éprouver toute forme de douleur et de souffrance, quelle qu’elle soit, à ce moment-là, mais vous voulez aussi qu’ils arrêtent de faire tout ce qui est susceptible de continuer à les faire souffrir. C’est une partie importante de la compassion. Ce n’est pas simplement un élément de sentimentalité dans votre cœur vis-à-vis des gens qui souffrent. Cela signifie aussi, pour commencer, essayer de trouver un moyen de les aider à arrêter de faire des choses qui les font souffrir.

Quand vous pouvez les aider, vous appréciez leur bonheur. Vous éprouvez de la sympathie pour le bonheur qu’ils rencontrent. Même dans les cas où les gens font l’expérience d’un bonheur qui n’a rien du tout à voir avec vous, vous appréciez le fait qu’ils font l’expérience du résultat de leurs bonnes actions passées ou de leurs bonnes actions présentes. Vous n’êtes pas contrarié pas leur bonheur. Même si vous êtes en concurrence avec eux et qu’ils terminent premiers et que vous terminez second, et que vous estimez que vous méritiez vraiment d’être premier. C’est dans un cas comme celui-ci que vous devez pratiquer la joie empathique. Les choses ont un cadre de référence plus vaste que celui dont vous êtes probablement conscient.

Remarquez que dans tous ces cas, il arrive un moment où vous devez accepter les choses telles qu’elles sont. Il y a des cas où vous voulez aider quelqu’un et où vous ne le pouvez pas, ou bien des cas où vous préféreriez pouvoir profiter du bonheur que quelqu’un d’autre éprouve. C’est là où vous devez développer l’équanimité.

Extrait du discours Les attitudes sublimes dans Enseignements I


jeudi 5 avril 2018

Le corps est comme un arbre, Ajahn Lee




Le corps est comme un arbre. Aucun arbre n'est entièrement parfait. A un moment donné, il possède de nouvelles feuilles et de vieilles feuilles, des feuilles vertes et jaunes, des feuilles fraîches et des feuilles sèches. Les feuilles sèches tombent les premières, alors que celles qui sont fraîches sécheront lentement et tomberont plus tard. Certaines branches sont longues, certaines sont épaisses, et certaines sont petites. Les fruits ne sont pas répartis de façon égale. Le corps humain n'est pas vraiment très différent de cela. Le plaisir et la douleur ne sont pat répartis de façon égale. Les parties qui font mal et celles qui sont confortables sont mélangées au hasard. Vous ne pouvez pas compter dessus. Donc, faites de votre mieux pour conserver les parties confortables, confortables. Ne vous inquiétez pas au sujet des parties que vous ne pouvez pas rendre confortables.
 

C'est comme pénétrer dans une maison où le plancher commence à pourrir : si vous voulez vous asseoir, ne choisissez pas un endroit pourri. Choisissez un endroit où les planches sont encore saines. En d'autres termes, le cœur n'a pas besoin de se préoccuper des choses qu'il ne peut pas contrôler.
 

Vous pouvez comparer le corps à une mangue : si une partie de la mangue est pourrie ou véreuse, prenez un couteau et enlevez-la. Mangez juste la bonne partie qui reste. Si vous êtes suffisamment idiot pour manger la partie véreuse, vous allez avoir des problèmes. C'est la même chose avec notre corps, et pas seulement avec le corps - l'esprit aussi ne va pas toujours comme nous le voulons. Parfois il est de bonne humeur, parfois il ne l'est pas. C'est la raison pour laquelle nous devons utiliser autant de pensée et d'évaluation que faire se peut.
 

La pensée dirigée et l'évaluation sont comparables à faire un travail. Ici, le travail est la concentration : centrer l'esprit. Focalisez l'esprit sur un objet unique et ensuite, en lui accordant votre pleine attention, examinez-le et réfléchissez-y. Si vous travaillez bien, vous obtiendrez de bons résultats. Les résultats grossiers ne valent pas grand-chose. Les bons résultats sont utiles de nombreuses manières - comme les radiations atomiques, qui sont si fines qu'elles peuvent pénétrer même les montagnes. Les choses grossières sont de basse qualité et difficiles à utiliser. Parfois, vous pouvez les laisser tremper dans l'eau tout la journée et cependant elles ne ramollissent pas. Tandis que les choses raffinées ont seulement besoin d'un peu d'humidité pour se dissoudre.
 

Il en va de même avec la qualité de votre concentration. Si votre pensée dirigée et votre évaluation sont subtiles, complètes et circonspectes, votre 'travail de concentration' aura pour résultat un calme de l'esprit croissant. Si votre pensée dirigée et votre évaluation sont bâclées, vous n'obtiendrez pas beaucoup de calme. Votre corps sera douloureux, et vous vous sentirez agité et irritable. Cependant, une fois que l'esprit pourra devenir très calme, le corps sera confortable et à l'aise. Votre cœur se sentira ouvert et clair. Les douleurs disparaîtront. Les éléments du corps se sentiront dans un état de normalité : la chaleur de votre corps sera juste à point, ni trop élevé ni trop basse. Dès que votre travail sera terminé, il aura pour résultat la plus haute forme de bonheur et d'aise : le nibbâna - la Libération. Mais aussi longtemps que vous aurez encore du travail à faire, votre n'obtiendra pas le maximum de paix. Où que vous alliez, il y aura toujours quelque chose qui vous tiraillera quelque part dans un coin de votre esprit. Cependant, une fois que le travail sera terminé, vous pourrez être libre de soucis, où que vous alliez.
 

Si vous n'avez pas fini votre travail, c'est parce que : (1) vous ne vous appliquez pas fermement; (2) vous n'avez pas réellement fait le travail. Vous avez manqué à vos devoirs et fait l'école buissonnière. Mais si vous vous appliquez vraiment fermement au travail, il n'y a aucun doute que vous le mènerez à son terme.

Extrait du discours A la pointe de votre nez, dans Leçons en samadhi

dimanche 1 avril 2018

La pratique, Ajahn Chah

Smiling Buddha


Ne prendre que ce que vous aimez et rejeter ce que vous n'aimez pas n'est pas la pratique, c'est un désastre. Où que vous alliez, vous ne serez jamais satisfaits et où que vous soyez, la souffrance est là.

Certains d'entre nous pratiquent parce qu'ils cherchent à atteindre quelque chose. Si nous n'obtenons pas ce que nous voulons, nous refusons de pratiquer. Mais le Bouddha développe la pratique pour renoncer, pour lâcher prise, pour s'arrêter, pour déraciner.

Extrait de Méditation et Sagesse, d'Ajahn Chah

samedi 31 mars 2018

L’observation des actions quotidiennes, Thanissaro Bhikkhu

Ajahn Geoff


Le Bouddha dit à Rāhula, qui avait sept ans à l’époque, d’utiliser ses pensées, ses mots et ses actions comme un miroir. En d’autres termes, de la même manière que vous utiliseriez un miroir pour voir si vous avez de la saleté sur votre visage, Rāhula devait utiliser ses actions comme un moyen pour apprendre où il y avait encore quelque chose d’impur dans son esprit. Avant d’agir, il devait essayer d’anticiper les résultats de l’action. S’il voyait qu’elle serait nocive pour lui-même ou pour les autres, il ne devrait pas donner suite à l’action. S’il ne voyait pas de mal potentiel, il pouvait continuer et agir. Si au cours de la réalisation de l’action, il voyait qu’elle provoquait un mal inattendu, il devait mettre un terme à l’action. S’il ne voyait pas de mal, il pouvait continuer. Si après avoir terminé, il voyait un mal quelconque à long terme résultant de l’action, il devait consulter une autre personne sur la Voie pour obtenir une perspective sur ce qu’il avait fait, et sur la manière de ne pas la répéter, et ensuite prendre la résolution de ne pas répéter cette erreur. En d’autres termes, il ne devait pas se sentir gêné ou honteux de révéler ses erreurs aux gens qu’il respectait, car s’il commençait à leur cacher ses erreurs, il commencerait rapidement à se les cacher à lui-même.


Si d’un autre côté, il voyait qu’aucun mal ne résultait de l’action, il devait se réjouir de ses progrès dans la pratique et poursuivre son entraînement.


Le nom correct pour cette réflexion n’est pas « auto-purification ». C’est « action-purification ». Vous détournez les jugements à propos de ce qui est bon et mal de votre sens du soi, là où ils peuvent vous attacher à travers l’orgueil et la culpabilité. Au lieu de cela, vous vous focalisez directement sur les actions elles-mêmes, là où les jugements peuvent vous permettre d’apprendre à partir de vos erreurs, et de trouver une joie saine dans ce que vous avez fait correctement. Quand vous réfléchissez continuellement de cette manière, cela sert plusieurs buts. D’abord et avant tout, cela vous force à être honnête à propos de vos intentions et à propos des effets de vos actions. Ici, l’honnêteté est un principe simple : vous n’ajoutez aucune rationalisation a posteriori pour camoufler ce que vous avez effectivement fait, et vous n’essayez pas non plus de vous soustraire à des faits réels à travers le déni. Parce que vous appliquez cette honnêteté à des domaines où la réaction normale est d’être gêné vis-à-vis de la vérité ou d’en avoir peur, c’est plus qu’un simple enregistrement des faits. Cela demande aussi de l’intégrité morale. C’est la raison pour laquelle le Bouddha a insisté sur la moralité en tant que préalable à la sagesse, et déclaré que le principe moral le plus élevé était le précepte contre le mensonge. Si vous ne prenez pas l’habitude d’admettre des vérités inconfortables, la vérité – dans son ensemble – vous échappera toujours.


Le deuxième but de cette réflexion est de mettre l’accent sur la force de vos actions. Vous voyez que vos actions font véritablement une différence entre le plaisir et la douleur. Troisièmement, vous développez la pratique d’apprendre sans honte ou remords à partir de vos erreurs. Quatrièmement, vous vous rendez compte que plus vous êtes honnête en évaluant vos actions, plus vous avez la force de changer votre manière d’agir dans une direction positive. Et finalement, vous développez la bienveillance et la compassion, en ce sens que vous prenez la résolution d’agir seulement à partir d’intentions qui ne feront de mal à personne, et vous vous focalisez continuellement sur le développement de l’habileté de l’inoffensivité comme priorité principale.


Extrait de Quelques essais

vendredi 30 mars 2018

Apprendre à se connaître, Ajahn Lee Dhammadharo

Ajahn Lee


Apprendre à vous connaître - devenir familier avec votre corps et votre esprit, les éléments (la terre, l'eau, le feu, le vent, l'espace, et la conscience), savoir d'où ils viennent, comment ils apparaissent, comment ils se dissolvent, comment ils sont inconstants, stressants, et pas-soi : tout cela, vous devez le découvrir en explorant par vous-même. Si votre connaissance suit simplement ce qui se trouve dans les livres ou ce que les autres vous disent, alors, c'est une connaissance qui provient des étiquettes et des concepts, pas de votre propre discernement. Ce n'est pas vraiment la connaissance. Si vous savez seulement ce que les autres vous disent, c'est comme marcher derrière eux sur une route - et qu'est ce que cela peut donner de bon ? Ils pourraient vous conduire dans la mauvaise direction. Et si la route est poussiéreuse, ils pourraient projeter de la poussière dans vos oreilles et vos yeux. Donc, dans votre recherche de la vérité, ne croyez pas simplement ce que les autres disent. Ne croyez pas les étiquettes. Pratiquez la centration de l'esprit jusqu'à ce que vous acquériez la connaissance par vous-même. Alors, seulement, ce sera la vision pénétrante. Alors, seulement, ce sera quelque chose digne de confiance.

Extrait de Leçons de Samadhi

Méditer, Ajahn Fuang Jotiko

« Méditer, c’est pratiquer comment mourir,  afin que vous puissiez le faire correctement. »